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Martin Doppler nous raconte son premier Grand Raid de la Réunion 2009


Le Grand Raid de la Réunion (aussi appelé la Diagonale des fous) consiste à traverser l'île de la Réunion, soit environ 150 km et 9000 m de dénivelé positif... un autre UTMB, mais bien plus ancien, puisqu'en 2009 la course fêtait sa 17ème édition. En parallèle un semi-raid de 80 km est également organisé.

"Et lorsqu’ils enfilent le T-shirt jaune marqué "J’ai survécu " offert à l’arrivée, ils ont plus de 8700 mètres de dénivelé positif dans les jambes, soit l’équivalent de 25 tours Eiffel !
C’est dire si le Grand Raid de la Réunion est un défi physique, et les coureurs qui en prennent le départ, des sportifs formidables !
Départ de Saint-Philippe, au sud de l’île, vendredi dans la nuit, au bord de la mer. Arrivée au stade de la Redoute, à Saint-Denis, pour des retrouvailles avec l’océan indien. Entre les deux, vous passerez cinq crêtes avoisinant les 2000 mètres d’altitude, dont le point culminant de la course est à 2411 mètres. Vous jonglerez avec le feu du Piton de la Fournaise, vous frôlerez le ciel en empruntant les sentiers de crête des cirques de Cilaos et Mafate, pataugerez dans la boue du côté des forêts de Kerveguen. (Source : Le Grand Raid de la Réunion).


[ L'Alsace en courant ] : Martin, peux-tu te présenter et nous dire comment tu es arrivé à pratiquer la course à pied ? Depuis quand la pratiques-tu ?

[ Martin ] : J’ai 40 ans, je mesure 1m80 pour 75 kgs. Je suis originaire d’un petit village Sundgauvien : Bisel, mais j’habite aujourd’hui à Wintzenheim. J’ai 3 enfants qui commencent à s’intéresser à la course à pied. Je travaille chez Électricité de Strasbourg et suis membre de l’ASÉS - section course à pied - tout en étant licencié au PCA / ESRCAC depuis 2008. Mais je dois avouer que mon club de cœur s’appelle « DIAGONAL ». Ce club n’a pas d’existence juridique, il est né spontanément, naturellement, lors du marathon de Barcelone en 2008, lorsque 3 potes marathoniens (Bruno DIDIER, Frédéric RIBSTEIN et Luc MAURICE) ont couru sur l’avenue « DIAGONAL » qui traverse Barcelone. Ces trois excellents marathoniens, qui multiplient les chronos sous les 3 heures au marathon, m’ont fait l’honneur de m’intégrer dans leur groupe « DIAGONAL ». Nous sommes donc quatre passionnés de course à pied à nous retrouver régulièrement pour le plaisir de courir et profiter d’une effervescence positive qui nous aide à nous surpasser lors des compétitions auxquelles nous participons !

Pourtant, la pratique sérieuse de la course à pied est arrivée relativement tardivement pour moi. J’ai joué au football jusqu’à l’âge de 21 ans, puis j’ai pratiqué la course à pied de manière très épisodique en courant des compétitions sur 10 km de temps en temps. En 2001, j’ai couru mon premier trail, les crêtes vosgiennes, j’ai énormément apprécié cette épreuve, à tel point que je n’ai plus raté aucune édition jusqu’en 2007. Mais le vrai point de départ de ma passion pour la course à pied se situe en 2003 lorsqu’à la suite d’un pari (stupide ?) avec des amis je me suis inscrit au marathon de Paris. J’avais à ce moment là 34 ans. J’ai suivi un plan d’entraînement pour réaliser 3h15 en espérant simplement finir l’épreuve si possible aux alentours de 3h30. Ce marathon fut une vraie révélation pour moi, lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée en 3h05 j’ai bien sûr ressenti la souffrance liée à la distance mais en même temps un énorme bonheur et une vraie fierté d’entrer dans la famille des marathoniens. Depuis cette date j’ai couru 18 marathons dont 10 sous les 3 heures (en m’entraînant beaucoup). Je peux affirmer que la course à pied a changé ma vie, cela permet d’évacuer beaucoup de stress et d’aborder les contraintes de la vie avec plus de sérénité, c’est un excellent antidépresseur…


Lors du Marathon du Vignoble à Molsheim (Photo : Alsace en courant)
La 17è édition de la Diagonale des Fous, qui s'est déroulé du 22 au 24 octobre, était ton premier Grand Raid avec 150 km et 9000 m de dénivelé positif. Comment t'y es-tu préparé ? La course porte-t-elle bien son nom ?


Dernier test pour Martin au Trail des Marcaires (Photo : Alsace en courant)
Je dois avouer que pour mon premier Grand Raid je n’ai pas choisi le plus facile, mais j’avais l’opportunité de faire la Diagonale des fous cette année et je ne voulais surtout pas laisser passer cette occasion. J’ai pu m’inscrire en mai 2009 alors que je n’avais pas encore bien récupéré du marathon de Paris (avril 2009) sur lequel j’ai laissé beaucoup de forces pour battre mon record personnel. Etant complètement néophyte sur les ultra-trails, j’ai commencé à rechercher des plans d’entraînement pour ce type d’épreuve. J’ai également croisé Laurent Jalabert au marathon du vignoble Alsacien que j’ai couru en juin 2009 pour travailler mon endurance. Très abordable et super sympathique, il m’a raconté sa Diagonale des fous qu’il a couru en 2008 en plus de 47 heures en souffrant énormément (son récit ne m’a pas forcément rassuré). Il m’a conseillé de faire le maximum de sorties longues (6 à 7 heures) en montagne. Malheureusement je n’ai vraiment pas pu m’entraîner comme je l’aurais souhaité en raison d’une grosse contracture au muscle fessier gauche au mois d’août. Je n’ai pas pu courir pendant 3 semaines et j’ai du reprendre l’entraînement de manière très légère début septembre. J’ai essayé de courir en montagne, je n’ai fait que de l’endurance, pas de seuil, pas de fractionnés,… . Le 20 septembre, j’ai couru le marathon de Berlin tranquillement en 3h30 toujours pour travailler mon endurance, puis j’ai essayé de faire le plus de sorties possibles en montagne dans le coin du Hohlandsbourg. 15 jours avant la diagonale des fous, j’ai décidé de faire le trail des marcaires (superbe parcours, cet évènement a été très suivi sur ce site) afin de m’habituer à courir avec un kamel bag et de faire un peu de distance sur terrain accidenté. En résumé, ma préparation fut donc très tronquée, je n’étais pas très serein en vue de l’épreuve.

La course porte-t-elle bien son nom ? Je n’aurais pas de meilleur nom à proposer pour cette course, durant l’épreuve je me suis dit de nombreuses fois « mais quel truc de fou, c’est pas possible de tracer un parcours pareil ! ». C’est vraiment une course hors normes, tout est démesuré, la distance, le dénivelé, les chronos, les amplitudes thermiques, le terrain accidenté, et même la beauté des paysages !


Peux-tu nous exprimer tes sensations lors de la course ?

Parlons déjà des sensations avant la course : à quelques heures du départ la pression monte terriblement et je me suis demandé pourquoi je me suis engagé sur un challenge pareil, mon entraînement tronqué m’a beaucoup fait douter sur mes possibilités d’arriver à boucler les 150 kms.

Au moment du départ il y a bien sûr l’angoisse mais aussi un vrai soulagement car on va enfin pouvoir en découdre avec cette course de fou. Ensuite les sensations se suivent et ne se ressemblent pas : le premier jour j’étais euphorique, tout allait bien, puis à la tombée de la deuxième nuit tout change, les repères ne sont plus les mêmes, il faut redoubler de vigilance sur les chemins remplis de pièges, la fatigue s’installe, le manque de sommeil se fait sentir. Je me souviens qu’à l’issue de cette nuit au 100 ème kilomètre j’étais vidé physiquement et très entamé moralement car je n’avais pas dormi depuis le départ (30 heures de course). C’était le moment le plus dur de l’épreuve, heureusement j’ai trouvé un peu de force mentale pour ne pas renoncer, j’ai dormi 3 minutes (sur 15 minutes prévues), j’ai pris un bon ravitaillement et tout est reparti, je savais à ce moment là que si je ne me blessais pas je finirai. Ensuite, c’est la tête qui fait avancer, je savais également qu’Isabelle, mon épouse, m’attendait au ravitaillement à 20 km de l’arrivée, cela représentait une étape importante pour moi. Cela m’a regonflé le moral et j’ai pu terminer les horribles 20 derniers kilomètres en me répétant toujours « quelle course de fou !». A l’arrivée le bonheur est indescriptible, je l’ai partagé avec Sylvain un concurrent (partenaire plutôt) avec qui j’ai parcouru les 80 derniers kilomètres de ce Raid. Ma première réaction en arrivant était de dire : « plus jamais un truc de fou pareil » mais le lendemain après une bonne nuit de sommeil je me suis réveillé en me disant : « c’était génial, je vais revenir bien entraîné pour essayer de réaliser un meilleur chrono et une meilleure place ».



Photos : Document remis (DR)


Tu as donc terminé à la 865è place en 47h 44mn et 33s lors de ce Grand Raid. D'abord "Congratulation Martin" de la part de l'Alsace en Courant ! Comment as-tu géré ta course et pensais-tu faire un tel temps ?

Merci, mais comme je le dis plus haut, je voudrais améliorer mon chrono sur cette épreuve...






Photos : DR
En termes de chrono, après ma rencontre avec Laurent Jalabert je me suis dit que si je finis dans les 47 heures comme lui je serais très content vu que nous avons des chronos très proches au marathon. Donc de ce point de vue là je suis satisfait même si l’essentiel pour moi était avant tout de finir l’épreuve dans les limites imposées par l’organisation (64 heures maximum).

En début de course, je suis parti très prudemment avec deux autres raideurs sous un énorme déluge, je me suis vite rendu compte qu’une très grosse partie du raid va se faire en marche rapide plutôt qu’en courant (montées et descentes raides, rochers, cailloux, racines,…). Parti à 0h00 dans la nuit de jeudi à vendredi, j’ai marché et couru sans trop de soucis jusqu’au 70 ème km avec une douleur constante au genou gauche dont j’ai réussi à faire abstraction facilement. Le 70 ème kilomètre se trouve au ravitaillement du cirque de Cilaos, j’y suis arrivé vers 17h45 en pleine forme en ayant vraiment pris beaucoup de plaisir sur cette première moitié de parcours. J’ai décidé de me faire soigner mon genou et de me ravitailler correctement (assiette de pâtes et poulet) avant de repartir de nuit vers 19 heures pour la terrible montée du Taïbit qui donne accès au cirque de MAFATE accessible à pied ou en hélicoptère uniquement. Je ne voulais pas « plonger » seul dans MAFATE en pleine nuit, j’ai donc tenté de trouver un coureur qui prévoyait de partir à la même heure que moi pour poursuivre l’aventure à deux. A l’endroit où je mangeais, Sylvain, un coureur seul s’est installé à côté de moi, nous avons rapidement sympathisé et nous avons décidé de partir ensemble pour la suite de l’épreuve. J’étais soulagé, Sylvain vit à la réunion depuis 7 ans et il connaît bien le parcours de la diagonale. Nous avons décidé de ne pas nous arrêter pour dormir tant que notre organisme ne le réclamait pas. C’est ainsi que nous avons avancé toute la nuit jusqu’au petit matin en nous arrêtant uniquement pour nous ravitailler (soupe, raisins secs, coca, tartines de confitures,...). La gestion du sommeil est compliquée sur ce genre d’épreuve, au petit matin je sentais que j’avais des « absences » lors d’une montée très raide au 100 ème kilomètre et le moral n’y était plus. Nous avons donc décidé de dormir au ravitaillement suivant, 3 minutes de sommeil m’ont étonnamment requinqué et nous avons pu terminer les 50 derniers kilomètres en « gérant » la tendinite sérieuse que s’était fait Sylvain à son genou droit. Pour ma part, mon genou gauche allait mieux mais c’est au genou droit que j’avais mal dorénavant. Mais encore une fois cette douleur était facilement surmontable, elle s’accentuait sur les 20 derniers kilomètres de la course, les cuisses ont également énormément souffert dans les dernières descentes mais plus rien ne pouvait nous arrêter, nous avons terminé le grand raid de la réunion dans un bonheur immense, indescriptible ! Le plus important pour moi était de finir avec Sylvain, un lien très fort s’est créé entre nous, dans mes souvenirs cette diagonale restera avant tout une sacrée aventure humaine !

En évoquant l’aventure humaine, je dois également parler ici de la chance que j’ai eu de partager ce voyage avec un groupe de trailers fabuleux. Nous étions 43 personnes (coureurs et accompagnateurs) à partir 15 jours à l’île de la Réunion pour réaliser notre rêve : arriver au bout de la Diagonale des fous. Un esprit de sportivité et d’authenticité a animé ce groupe exceptionnel pendant tout le séjour et nous avons quasiment tous réussi à terminer cette épreuve de folie ! C’est ça le fameux « esprit trail » je pense !

2776 inscrits, 1564 arrivées, malheureusement un décès sur le parcours, quels seraient tes conseils pour se lancer dans une telle aventure ? Que changeras-tu lorsque tu recommenceras un ultra trail ou un grand raid qui me semble-t-il est déjà programmé ?


Photo : DR
Ce genre d’épreuve s’adresse à des sportifs confirmés, il faut être très endurant et faire preuve d’un mental inébranlable pour arriver au bout des 150 kms. De plus, un examen cardiaque parait nécessaire pour se rassurer avant d’aborder une telle course.

Je voulais souligner également l’importance des soins apportés à ses pieds durant la course. Cette année les trombes d’eau tombées au départ ont rapidement provoqué l’inondation dans les chaussures de tous les coureurs. Je n’ai pas hésité à me déchausser lors de tous les gros points de ravitaillement pour appliquer une crème anti-frottement sur mes pieds. Je n’ai eu qu’une toute petite ampoule à l’arrivée à Saint-Denis, je pense que j’ai fini ce grand raid dans un état satisfaisant grâce à cette attention particulière apportée à mes pieds. J’ai également changé de chaussettes deux fois durant la course.

La réussite d’une telle aventure tient à la gestion de multiples détails (soin des pieds, hydratations régulières, ravitaillements sérieux, gestion du sommeil, gestion des lampes pour la course nocturne, gestion des vêtements en fonction des amplitudes thermiques,…).

Pour ce qui est de l’entraînement, il faut intégrer un maximum de séances en montagne sur terrain accidenté, de jour et de nuit si possible. Il est très important de travailler les descentes (je les ai trouvées plus dures que les montées sur la Diagonale des fous). Un plan type en 5 séances par semaine pourrait être le suivant : 1 sortie longue de 5 à 6 heures avec une partie de nuit / 1 heure endurance / fractionnés dans des escaliers (montée et descente) ou dans une côte raide / 1 heure endurance en montagne / 1 séance au seuil 3*8 minutes ou 4*10 minutes (20’ échauffement et 10’ récup).

Je souhaite courir l’UTMB 2010, ce que je vais changer par rapport à la Diagonale des fous est bien sûr mon plan d’entraînement. Je vais respecter un plan très structuré adapté à ce genre d’épreuve en espérant ne pas être blessé cette fois-ci. Je pense également démarrer la course beaucoup plus rapidement tout en gardant en tête qu’il ne faut pas griller toutes ses cartouches en début de course. Je pense également participer au trophée des Vosges, cela sera un bon entraînement et je dois dire que personnellement il m’est impossible de résister au plaisir de courir dans nos belles montagnes alsaciennes !


Merci Martin, pour ce témoignage. Bonne continuation dans les trails et les Ultras.

Propos recueillis par Céline FRIED.