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Les défis de l'été : La Grande Traversée des Alpes de Jeff Bombenger


Cet été Jean-François Bombenger s'est lancé dans la Grand Traversée des Alpes (GTA), un sentier de grande randonnée dans les Alpes françaises, de Saint-Gingolph à Menton, reliant ainsi le lac Léman à la mer Méditerranée soit environ 600 km et 30 000m de dénivelé positif. Alors qu'en randonnée cette traversée s'effectue en général sur une trentaine d'étapes, sans pour autant se lancer dans un défi sportif, Jeff aura réalisé ce parcours en seulement 10 jours et aura vécu une grande aventure intérieure, toute en étant au contact des personnes croisées !


Bonjour Jeff, peux-tu te présenter ?

Professionnellement, j’étais Prof d’EPS pendant 12 ans, avant de me lancer dans l’accompagnement des traileurs, il y a 4 ans. Sportivement, j’ai allié de nombreuses années de compétition de judo et de course à pied ; route, cross, montagne avant de me concentrer sur le trail. Je vadrouille depuis 15 ans sur le « circuit » Trail avec des participations à l’UTMB, TDS, le Tor des géants, le MonterosaSky Marathon...


Quelle a été la motivation première pour te lancer dans ce défi ? Et Pourquoi celui-là précisément ?


J’ai toujours été un grand fan des itinérances en Trail. J’adore le côté aventure. Pouvoir aller d’un refuge à un autre en transportant sa « petite maison » avec soi ! J’ai déjà fait pas mal de « off » mais toujours sur 3 ou 4 jours et toujours avec des potes. La grande traversée des Alpes me trottait dans la tête depuis longtemps. Le confinement a accéléré cette réflexion avec un besoin de projet fort. Les courses se sont annulées et cela m’a ouvert des perspectives.

Et pour tout dire, je pense avoir fait le « Tour » des Ultras qui me font rêver même s’il y en a bien sûr quelques un qui me titillent encore. L’itinérance est maintenant la suite logique.

Le travail sur carte IGN était réellement prenant et mettait encore plus d’aventure que mettre un dossard où tout est cadré. Là, je pouvais choisir mes étapes en fonction des refuges et des cols que je voulais découvrir. L’esprit d’autonomie était relatif car je dormais et mangeait en refuge mais cela me paraissait tellement important pour m’enrichir humainement. L’idée de partir du lac Léman et d’arriver au bord de la mer méditerranée est également quelque chose d’inspirant. D’autant plus que je ne connaissais pas du tout le Queyras, le Piémont italien et le Mercantour.


Comment as-tu vécu ce défi ?

Je ne l’ai pas vu comme un défi sportif mais uniquement comme un voyage. Certainement à tort. Je l’ai planifié sur 10 jours pour des raisons professionnelles et familiales ; je ne souhaitais pas partir trop longtemps, mais en 12 jours cela aurait été plus jouable. J’ai parcouru des étapes de 60/65km et 3500m de D+ et la chaleur a rendu ces dernières très éprouvantes ! Sur certaines étapes, j’ai poussé mon corps dans ses retranchements pour ne pas arriver en pleine nuit dans les refuges. Faut avouer aussi que je me suis pas mal écarté de la trace officielle de la GTA pour explorer des coins encore plus sauvages et faire quelques sommets. Un gros coup de coeur pour le Mont Tenibre. Chaque jour a été une découverte incroyable et chaque col me laissait pantois.

Cette aventure est finalement passée très très vite ! Le décalage à Menton a été saisissant ! Arriver vers 22h dans des ruelles noires de monde et en train de faire la fête m’a presque donné envie de remonter dans le Mercantour ! Preuve que l’aventure fut belle !


Sur un défi si long on entre forcément en introspection ? Peux-tu me donner pour chacun des 5 sens (goût, odorat, ouïe, vue et toucher) ce que tu grades en mémoire et te rappel à ton aventure ?

Oh oui une belle introspection. Un mélange de nostalgie de mes 40 premières années, beaucoup d’instant présent et un peu de projets futurs. Moi qui suis très collectif dans l’esprit, je me posais la question de le faire seul. Je me suis plus ouvert aux randonneurs, aux gardiens de refuge et aux guides de montagne.

  • Goût :
  • Les lasagnes du Col de Larche :-) Un délice ! Faut avouer que les refuges italiens sont inimitables sur les repas !
  • Odorat :
  • La descente du Thabor où l’on est saisi d’odeurs typique du sud ! Incroyable... Comme dans les films de Marcel Pagnol
  • Ouïe :
  • Les sifflements des marmottes qui m’ont ouvert la voie très tôt les matins ! Je devais être le premier qu’elles croisaient ! Je ne sais pas combien j’en ai vu mais cela se chiffre en centaine ! Incroyable ! Dans la Vanoise ce fut un récital !
  • Vue :
  • Dur dur de dégager un moment... Mais le passage dans le Mercantour a été fantastique en passant le Pas de la cavale ! J’y suis resté un bon bout de temps pour apprécier ce moment certainement unique.
  • Toucher :
  • Les rochers du mont Tenibre ! Je m’y suis accroché fermement ! Ayant « osé » un itinéraire un peu typé escalade sous les conseils d’un local (sic). Je n’ai jamais senti les rochers aussi près de mon corps. Un gros coup d’adrénaline !



© Photo : Nicolas Fried
La fin de parcours a été très difficile, ton corps a été mis à rude épreuve. Si c’était à refaire que changerais-tu ?

Malheureusement n’ayant jamais imaginé que c’était un défi sportif, j’ai eu un petit coup au moral de devoir « souffrir » sur ce voyage. La fin a été un peu limite sur la santé et je le regrette car cela n’est pas du tout mon crédo. J’ai cumulé un gros souci de déshydratation et une grosse tendinite du releveur dû à une étape « monstre » de + de 70km et 4000D+ à plus de 2500m d’altitude tout du long. Il restait tout de même encore 2 jours et ce fut un sacerdoce d’arriver à Menton. Clairement, j’ai sous-estimé les facteurs externes sur un trajet de 10 jours. La canicule a été celui-ci pour cette traversée. Mais cela aurait pu être les orages, la neige ou la pluie en continue. Ces facteurs ont fait qu’au lieu de passer 12h/jour à gambader et bien cela a souvent été 15h. Sur un off de 4 jours ça passe, sur 10 jours ce n’est pas la même histoire ! Réduire les étapes pour avoir une plus grande marge de manœuvre serait la plus grosse modification que je pourrais faire.

Quelle a été la clé du succès de ton défi ?

De profiter de chaque instant. La réponse à la question « Mais qu’est-ce que je fais là » a toujours été le plaisir d’être en montagne. Quand on sait pourquoi on fait les choses et que c’est des motivations personnelles ça change tout ! L’expérience accumulée sur mes 2 Tors des géants a certainement aussi été un plus.
Quels conseils donnerais-tu à qui souhaite se lancer dans un défi identique ?

Mieux appréhender les facteurs externes que je ne l’ai fait. Avoir un sac très light, avec du matériel de grande qualité notamment l’aspect imperméabilité, s’intéresser à chaque région traversée, ne pas voir ça comme un Ultra mais comme un voyage, avoir un entraînement basé sur du dénivelé, avoir une bonne base musculaire ou encore établir des itinéraires de repli.

Quelle sera ton prochain défi ou ta prochaine aventure ?

Beaucoup ont germé... Mais nul doute que le gros projet qui m’anime est la traversée des Alpes d’Ouest en Est, de Courmayeur à Trieste ou Cortina. 1200km de découvertes... j’espère le concrétiser en 2022.

Interview réalisée par Nicolas Fried.

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