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Interview de Julien Siat, coureur atypique, 2ème du Trophée des Vosges


Second du Trophée des Vosges 2015 (qu'il remporte dans la catégorie sénior), Julien Siat est un coureur atypique. Celui qui s'est mis tardivement à la course à pied n'a pas de permis de conduire. Par choix il se déplacement à vélo et en transport en commun, ce qui ne l'empêche en rien de sillonner l'Alsace pour participer à de nombreuses courses, pour s'entrainer ou simplement pour découvrir de nouvelle route ou nouveau sentier de notre belle région. Rencontre avec ce coureur toujours souriant dont la philosophie de vie peut donner des idées...


Bonjour Julien, peux-tu te présenter ? Parcours sportif ? Quelle est aujourd'hui ta pratique de la course à pied ?

[ Julien ] Je suis né il y a 38 ans à Strasbourg, où je vis actuellement. Je travaille dans l'industrie électrique en tant que technicien qualité, et me suis mis tardivement à la course à pied à 34 ans. Je suis licencié depuis 2013 dans le club Sundgau Oxygène (SundgO2) après avoir rencontré et sympathisé avec Fabrice Puglisi (entraineur) lors de mon 1er trail court aux balcons d'Orbey. (Et 1ere chute en descente ou j'avais le choix entre un sapin et un buisson de houx.... j'ai choisi le sapin).

Montée du Grand-Ballon | © Photo : Nicolas Fried
Auparavant mon parcours sportif est très primaire, des podiums lors des cross du collège alors que j'étais à ce moment-là judoka et tennisman d'un niveau très modeste. Des randonnées pédestres et ski de fond avec mes parents ce qui a sans doute, bien des années après, éveillé ma passion actuelle pour les sports d'endurance en montagne. A mon entrée au lycée j'ai opté pour les sorties, les bars enfumés et ai cessé toute activité physique jusqu'en 2011, où je décide d'arrêter de fumer et de reprendre le sport...Vaste programme : les 1ers footings sont surprenants, je crache mes poumons, j'ai mal partout et découvre tout un tas de muscle secoués par cette soudaine activité. Je décide de prendre un dossard, ce sera ma première course, le 10 km de Rosheim en septembre 2011 en 42min... C’est le pied, ça y est je suis contaminé ! Peu à peu mes entrainements se structurent, 1 an après mes débuts je cours mon 1er marathon à Strasbourg en 2h48, énorme souvenir. Je m'intéresse à l’anatomie, aux différentes théories alimentaires, à la technique de course, aux Tarahumaras... je dévore tout un tas d'ouvrages traitant de près ou de loin de la course à pied. Aujourd'hui je cours de 60 à 90km par semaine toujours seul, et pratique en complément le vélo route, ski de fond (classique, skating), la raquette à neige et dispute parfois quelques matchs de squash


Cette année tu t'étais fixé comme objectif le challenge du Trophée des Vosges Montagne pour lequel tu finis second, derrière Emmanuel Allenbach. Comme s'est déroulé cette saison ?

[ Julien ] Oui tout à fait c'était l'objectif de la saison après une 4eme place en 2014, et je suis bien entouré sur le podium, entre 2 jeunes vétérans encore sacrément dans le coup ! Emmanuel Allenbach qui a réalisé une superbe saison après un hiver au repos forcé et qui a évolué à un haut niveau dès sa reprise, et Jean-Philippe Beck qui était également en lice sur TTN court (ou il termine 3è V1). Eric Gehin ou Jérémy Mann étaient également de sérieux concurrents cette année. Le trophée des Vosges exige une certaine polyvalence de par les différents formats proposés (court, long, + ou - roulant) qui se succèdent, et d'être à un bon niveau sur l'ensemble de l'année. Le principe de calcul des points induit également une certaine stratégie quant aux choix des courses. J'avais également à cœur de bien réussir la montée du Grand Ballon en juin, mais je manquais clairement de jus et de vitesse 3 semaines après le défi de Muhlbach. Ma saison s'est déroulée sans blessure, sans lassitude avec toujours cette même envie d'aller m'entrainer et d'explorer toutes les composantes de ce(s) sport(s), de sentir mon corps et mon esprit rassemblé lors de l'effort, de sortir de ma zone de confort en permanence, de varier les lieux d'entrainements tout en découvrant notre si belle région. Une superbe ambiance et saine concurrence règne entre coureurs et c'est toujours un plaisir d'échanger sur nos méthodes d'entrainement, le parcours de la course à venir, ou d'engloutir après course un repas marcaire à 16h dans une ferme auberge après une baignade au lac blanc.
Avec Jean-Philippe Beck lors de la course du Rabseppi | © Photo : Nicolas Fried



BelforTrail | © Photo : Nicolas Fried
En fin de saison, alors que le classement était quasi joué, tu t'es lancé un autre défi celui de faire ton premier trail de plus de 50 km lors du BelforTrail. Pas le plus facile. Comment as-tu préparé cette course ? et comment c'est elle passé ?

[ Julien ] De Belfort je connaissais les eurockéennes et la poudrière (une salle de concert dans le centre ville de Belfort, l'ancienne poudrière de l'armée où était stockée la poudre à canon). Pour la préparation des 2 courses j'ai fait énormément de vélos en août, septembre avec des sorties de + de 100km avec 2000/3000 de D+ tout en maintenant pas mal de séances d'intensités afin de ne pas trop perdre de vitesse. Je n'ai fait que 2 sorties longues de + de 30km en CAP (dont le trail de Sancy) mais j'ai négligé l'impact des enchainements montées/descentes sur la musculature et j'ai souffert sur les 2 courses. Je termine 24ème en 6h41, pour une première ce n’est pas si mal mais je n'ai jamais eu autant mal aux jambes! Après 10km de course je m'égare avec quelques comparses, 2km de rab, eh oui la lucidité et la concentration font partie intégrante de la course. En me cassant les dents sur ces formats, et en les disputant avec un manque de fraicheur certain après une année pleine j'ai amplifié mes lacunes ce qui permet de tirer des enseignements plus facilement et de dégager beaucoup d'axes de progression. Davantage que sur le format court les qualités de bon descendeur sont indispensables et les ravitaillements prennent tous leurs sens, le potage aux vermicelles m'a sauvé et m'a réchauffé le corps pendant que l'esprit gambergeait ; le brouillard tenace ne permettait pas de profiter des paysages pour se changer les idées c'est bien dommage. En tout cas je reviendrais rapidement sur ce type de format, mais cela doit être un objectif bien ciblé autour duquel tourne une préparation exclusive et en respectant bien les périodes de relâche avant et après la course, l'apprentissage se poursuit.


Tu as la particularité de te déplacer exclusivement à vélo ou en transport en commun, même pour te rendre sur les épreuves ou aller t'entrainer en montagne. Alors qu'aujourd'hui la voiture semble être indispensable à tout un chacun, c'est pourtant un mode de transport souvent individuel qu'il faudra revoir face à notre défi énergétique et de changement climatique. Peux-tu nous expliquer comment est-ce que tu arrives à t'organiser sans voiture ?

Pour mes entrainements en fonction de l'endroit où je veux me rendre et la durée de la séance je consulte les horaires aller/retour (bus ou train), case ma séance et "planque" un sac en forêt avec des affaires de rechange. Si j'emmène le vélo le problème ne se pose pas, et je "planque" le vélo avec le sac. Il faut se tenir informé des grèves, et autres travaux sur certaines lignes et éviter de devoir compter sur le dernier train de la journée si le timing est serré. Il est également possible d'élaborer ses circuits sans revenir au point de départ et prendre le train du retour à une autre gare, ce qui est intéressant sur des sorties longues par exemple, où je "m'égare" volontairement pour découvrir un endroit méconnu.

En Alsace nous avons la chance de disposer d'un maillage train/ bus très étoffé, des navettes des neiges, une navette des crêtes en été et d'une multitude de pistes cyclables. Pour les courses j'emmène régulièrement le vélo dans le train et je termine le trajet à vélo, parfait pour l'échauffement. Lorsque les courses sont difficilement accessibles je bloque le WE et profite de l'aubaine en emmenant la tente de bivouac et le vélo pour découvrir le coin, et quelques km en vélo pour rejoindre la gare sont la meilleure des récupérations après couse. En hiver j'évite le camping et privilégie l'hôtel si la situation se présente. Parfois les situations sont cocasses, j'ai déjà du charger 6 bouteilles de vins dans le sac, offertes suite à un podium pour pédaler 30 bornes après la course...Là on se demande si on ne va pas se poser dans les vignes et en siffler une, histoire de voyager plus léger... Toutes les courses ne prévoient pas encore de consigne, mais ça n'est pas un problème on trouve toujours un coin où laisser ses affaires...Comme tu le vois avec un peu de volonté et d'organisation ce qui apparait indispensable peut très vite se révéler optionnel voire inutile...c'est un mode vie et la course à pied s'y intègre à merveille mais les commodités d'une grande ville facilite ce type de pratique au quotidien c'est indéniable. Le train et le bus permettent également d'occuper le temps utilement avec un peu de lecture par exemple. Par ailleurs le développement d'application smartphone "transports en commun" vraiment bien conçues tant par la précision des horaires en temps réels que la qualité de navigation encourageront cette pratique, de même que le principe d'auto-partage et les plateformes de co-voiturage.

Je peux également compter sur la gentillesse de beaucoup de coureurs (ses), toujours prêt à proposer un trajet.

En tant que citoyen et consommateur je pense que nous avons tous notre rôle à jouer, et c'est la somme de petites actions individuelles qui peuvent peu à peu faire évoluer les choses.

Podium avec Jérémy Mann du Trophée des Vosges | © Photo : Nicolas Fried



Course du Rabseppi | © Photo : Nicolas Fried
As-tu déjà programmé t'as saison hivernale et 2016 ?

C'est l'enneigement qui va dicter ma saison d'hiver, je vais profiter au maximum de la neige et de ces plaisirs (ski, raquette). Je m'alignerai sur quelques cross comme les départementaux et régionaux sans préparation spécifique mais juste dans l'optique de faire de bonnes séances d'entrainement et de garder le rythme, les trails blancs me stimulent également. J'ai envie de faire tellement de courses, les choix sont toujours cornéliens...Pour l'instant j'opte pour le trophée avec les crêtes vosgiennes (33km), la montée du Grand Ballon car c'est l'une des rares courses de ce format avec qui plus est un plateau de très haut niveau et qu'il faut la soutenir... Est-ce que j'arriverai à caser un marathon route? Une course alpine comme Sierre Zinal ? Un KV ?

Il y a également les sorties club comme le Belfortrail cette année qui permettent de nous retrouver, en 2016 ce sera la Transjutrail début juin. Les scenarii ne manquent pas et comme j'aime les imprévus, tout est possible !

Merci Nico pour l'interview et continuez, l'Alsace en courant, à immortaliser ces instants d'effort et d'émotion comme vous le faites si bien, et à promouvoir les courses du massif et la région.

Interview réalisée par Nicolas Fried.

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