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Interview de Maxime Rauner, vainqueur du 1er Trail Tour Alsace


Bonjour Maxime. Tu remportes le 1er Trail Tour Alsace. Est-ce que tu t'y attendais en t'inscrivant sur ce nouveau challenge organisé par la ligue ?

Bonjour Nicolas. Ce nouveau challenge était le support idéal pour me lancer, à 25ans, dans ma première saison estivale exclusivement consacrée au Trail court. Ayant déjà participé à quelques épreuves de ce format auparavant, je partais avec une petite expérience non négligeable pour espérer bien figurer.

14ème et vice champion d'Alsace de Trail à l'occasion du circuit des Grands Crus à Rouffach, troisième sur le trail de la Hasel et du Haut-Koenigsbourg, 2ème sur la Mac 6 ainsi que sur le Trail Crêtes et Cimes et 1er au défi de Muhlbach, soit un total de 5 podium en 6 courses dont la victoire finale. Je n'en espérais pas tant.

Trail des Marcaires (31km)

Tu as hésité en début d'année entre le Trophée des Vosges, remporté par ton pote Emmanuel Allenbach, et le TTA que tu remportes. Qu'est ce qui t'as finalement décidé pour le TTA ?

Le TTA est un championnat de six courses réparties entre mars et septembre, sur des distances comprises entre 17 et 31km et avec un dénivelé avoisinant les 1000m. Toutes les épreuves sont classantes. Ainsi, l'athlète qui fait l'impasse sur une ou plusieurs épreuves sera pénalisé par rapport à un concurrent au potentiel équivalent ayant couru la totalité des six étapes. De son côté, le TDV est un challenge bien plus flexible. L'athlète sélectionne les épreuves auxquelles il souhaite participer parmi la vingtaine proposée, la seule exigence étant de respecter un quota minimum de six courses dont deux "courtes" (moins de 15km), deux "moyennes" (entre 15 et 30km) et deux "longues" (30km et plus).


Trail de la Hasel avec Mickaël Baradel
Cependant, la rigidité du calendrier du TTA ne le dessert pas, bien au contraire. Selon moi, le TDV manque de visibilité car la trop grande quantité d'épreuves fait que ce sont rarement les mêmes athlètes qui se retrouvent à chaque étape. De plus, le système de classement est plutôt complexe. Sur une épreuve, le ratio d'un coureur est calculé sur une moyenne faite entre sa place et le nombre total de participants. S'il n'est pas satisfait de ce ratio, il peut tenter de l'améliorer en participant à une nouvelle épreuve. Il faut être aussi bon mathématicien qu'excellent trailer pour bien figurer ; pas étonnant que le lauréat de ces deux dernières éditions soit prof de math ! Sur le TTA, pas de "rattrapage" car toutes les courses comptent. Le coureur retrouve ses concurrents directs au départ de chaque étape. Cette année, le plateau fut relevé avec Michael Baradel comme principal concurrent, qui essaya jusqu'au bout de me contester a victoire finale.

En fin de compte, le TTA m'a avant tout séduit par le format relativement proche des différentes épreuves, favorisant une préparation homogène, ainsi que par la cohérence et la régularité du calendrier ( une course par mois en moyenne, ce qui permet de bien récupérer et de s'entrainer qualitativement entre chaque échéance). J'en ressort agréablement surpris par la diversité des tracés. Entre les chemins forestiers des Vosges du Nord, les superbes panoramas des Vosges centrales et les sentiers techniques et rocailleux des Hautes Vosges, Il y en a vraiment pour tous les goûts !
Les coureurs de Saverne et environ sont définitivement très en forme cette année ! Comment l'expliques-tu ?

Difficile de l'expliquer. Peut être parce que la région de Saverne offre un cadre naturel propice à la pratique de la course à pied. Sentiers balisés nombreux et variés arpentant sous-bois et traversants montagnes et vallées, qualité de l'air et du cadre de vie...

Sans doute parce que l'apport d'entraineurs tels que Pierre Jeunesse et Jean-Claude Delabia n'est pas à négliger. Mais je crois que la raison principale est ce formidable esprit d'équipe qui nous anime, caractérisé par une envie de se retrouver, que ce soit pour s'entrainer, pour discuter de notre passion commune ou tout simplement pour passer un bon moment ensemble.

Maxime et Florent Weisser

Tu es un peu la révélation Trail court / Montagne 2014, quel a été ton parcours sportif pour arriver à ce niveau ?

J'ai débuté la course à pied sur le tard, peu avant mes 20 ans. Ma pratique se résumait alors à quelques footings nature de temps en temps. Ce n'est qu'en 2009 que je prends goût aux compétitions en participant à quelques courses sur route dans la région. Les chronos sont moyens, jamais sous les 37' au 10km. Cherchant une autre approche de la discipline, je participe à mes premiers cross fin 2009. Sol instable, petites butes, nombreuses relances, impossible de s'ennuyer. J'ai adoré ! Jusque là réticent à m'imposer un programme d'entrainement précis, je décide finalement d'intégrer le Rohan Athlétisme Saverne, club de ma ville. Entrainé par Pierre Jeunesse qui me fait découvrir les bases du fractionné, je passe rapidement sous les 36' au 10km fin 2010 puis sous les 35' l'année suivante.


Trail Crêtes et Cimes
Par curiosité et parce que j'ai encore tout à apprendre de la course à pied, je touche un peu à tout ce que peux offrir cette discipline : semi-marathon (1h18 en 2011 à la Wantzenau), courses nature, trail court (Schaeferhof, Walscheid et Saverne), cross court et long dont notamment une participation aux championnats de France en 2012 à la Roche/Yon avec l'équipe de l'ANA, ekiden de Strasbourg avec mes potes du RAS (2h29'), triathlon sprint de la Wantzenau en 2012 et enfin meetings sur piste chaque printemps entre 2011 et 2013.

Sur piste, du 5000m au 800m en passant par le 3000m le 1500m, le plaisir est absent et les chronos ne suivent pas. Sur route, la trop grande importance de l'objectif chronométrique finit par me lasser. En fait, c'est hors tartan et bitume que je m'épanouis et réussi le mieux. En automne 2013, j'abandonne au 10km de Sélestat. Je n'avais plus la motivation d'aller "chercher un chrono". Cet échec me fait comprendre que l'entrainement ne suffit pas pour réaliser les performances espérées. Le mental est une donnée tout aussi primordiale. Or le mental va de pair avec le plaisir éprouvé à courir. D'où cette décision radicale de m'orienter vers ce qui me plait le plus : cross, courses nature et trail court.

La confiance est retrouvée à l'entrainement et les résultats suivent en compétition. 3ème aux championnats du Bas-Rhin de cross court 2014, 11ème aux "Alsace" à Wissembourg et victoire au 26ème trophée Paul-Michaux au bout de 6 cross dont 5 podiums et une 1ère place. Ces excellents résultats hivernaux m'ont servi de tremplin pour aborder avec sérénité ma première saison de Trail court.

Un travail d'endurance fondamentale est indispensable pour tenir la distance en compétition. Mon volume kilométrique hebdomadaire varie entre 70km et 120km à raison de 5 à 6 entrainements dont une sortie longue de durée variable. Par ailleurs, il est nécessaire d'entretenir sa vitesse par des séances de vma courte et longue, idéalement sur piste d'athlétisme. En compétition, la durée de l'effort dépasse rarement les 2h30 pour les meilleurs. Cela reste intense et une bonne vitesse de base permet de faire la différence sur les portions roulantes et descendantes. Ensuite, travailler les montées sert à encaisser au mieux le dénivelé en compétition. Cela passe par des séances de fractionné en côtes. Je les change souvent pour éviter la lassitude et varier les approches : côtes courtes ou longues, de dénivelé faible ou important, sur route ou sur sentier.. d'autant plus que le secteur de Saverne s'y prête particulièrement bien ! Enfin, optimiser sa technique de course est un plus. Se "lâcher" en descente sans risquer la blessure n'est pas donné à tout le monde. Adopter une foulée efficace en fonction du terrain emprunté, gagner en souplesse et se renforcer physiquement pour encaisser les chocs, gagner en intelligence de course pour prévenir les risques de fringale, de déshydratation.. En résumé, pour se donner les moyens de réussir sur trail court, il faut travailler foncier, vitesse, dénivelé et technique. Tout un programme !

Quelle course t'aura le plus marqué cette année ?

Sans hésitation, Le défi de Muhlbach en mai, comptant pour la 3ème étape du TTA. Déjà vainqueur du Trail court du Wurzel dans le val de Villé deux semaines auparavant, j'abordai avec envie et confiance ce parcours de 31km pour 1450m de dénivelé, épreuve la plus longue du TTA. En tête de bout en bout, une gestion de l'effort impeccable sur un tracé technique, varié et offrant des panoramas grandioses, le tout servi par des conditions climatiques idéales. Une journée parfaite !

Trail des Marcaires (31 km)

S'il y avait quelque chose à faire différemment cette année, ce serait quoi ?

Ma saison hivernale 2013/2014 fut très dense, ayant participé à l'ensemble des 6 cross comptant pour le trophée Paul-Michaux ainsi qu'aux championnats de cross avec l'ANA, soit 9 cross de fin novembre à fin février dont 6 week-end de compétition d'affilée. La fraîcheur a clairement fait défaut au moment d'aborder les derniers cross, notamment les pré-France à St Nabord. Pas de trophée Michaux cette année et priorité aux championnats.

Aussi, faire en sorte d'éviter les quelques erreurs commises l'an dernier. Insuffisamment préparé pour les Grands Crus à la mi-mars au sortir d'une saison hivernale éprouvante, victime de déshydratation sur le trail de la Hasel alors que la victoire me tendait les bras et en petite forme au Haut-Koenigsbourg car diminué par l'effort fourni deux semaines auparavant sur le 33km des Crêtes Vosgiennes. En clair, il s'agira de mieux préparer les échéances importantes.

Pour la route et le cross, je voue une confiance totale à mon coach Pierre Jeunesse. Pour le trail, je me fixe moi-même mes programmes d'entrainement et ce par volonté d'acquérir de l'expérience. Mais s'entrainer de façon à atteindre son pic de forme au bon moment est un exercice délicat nécessitant une connaissance parfaite de soi même. Cet apprentissage ne se fait pas du jour au lendemain et demande un tâtonnement provoquant parfois des erreurs. Pendant un temps, j'étais persuadé que le fait de forcer l'allure durant mes sorties longues ne pouvais être que bénéfique. Jeff Bombenger m'a fait réaliser que de telles sorties devaient être courues à endurance fondamentale. Suivre ce conseil m'a permis de mieux récupérer et sans contrepartie négative. Dans une recherche d'optimisation de sa performance, être à l'écoute d'autrui pour partager son expérience est un plus.
Il y a quelques semaines j'ai interviewé Philippe Oumedjkane, entraineur, qui regrette que les coureurs délaissent la piste pour s'aligner sur des trails de toutes distances... Comprends-tu son coup de gueule ?

Si vous n'avez pas lu cette interview, je vous incite à le faire. Le point de vue de Philippe concernant le déclin du demi-fond régional au profit des courses dites "populaires" est très enrichissant, surtout si comme moi vous faites partie d'une génération n'ayant pas connu "l'âge d'or" du demi-fond avec cette forte densité coureurs rapides.


Crêtes Vosgiennes 2014
Un passage en particulier me pousse à réagir. Je cite : "Maintenant les gars vont courir en montagne à 25ans, mais quel gâchis comme par exemple Sébastien Spehler, je le dis honnêtement". Philippe connait il seulement le palmarès de Sébastien ? Comment peut on lui reprocher de faire partie des tout meilleurs au niveau national ? Il réunit toutes les qualités du trailer idéal : rapide et endurant, excellent grimpeur et descendeur, et une capacité à gérer au mieux son effort ( c'est à dire adopter une foulée efficace et changer d'attitude en fonction du revêtement du sol, savoir comment s'hydrater, s'alimenter, s'adapter aux changements climatiques.. ) Le pistard n'a qu'un seul soucis, celui de développer sa vitesse en vue d'une distance spécifique. Un bon trailer peut très bien briller sur piste mais l'inverse est moins vrai. Ne "valant" que 34' au 10km, je ne compte plus le nombre de fois ou sur trail court, j'ai devancé des coureurs bien plus rapides que moi. L'entrainement du trailer est délicat à mettre en place car les paramètres à prendre en compte sont nombreux et complexes. Affirmer qu'un jeune athlète prometteur sur piste mais choisissant de s'orienter vers le trail soit un"gâchis" est un avis précipité.

Le trail est un phénomène de mode, il faut l'accepter et vivre avec. Mais qui sait, peut être que d'ici 20 ans la piste aura retrouvé ses lettres de noblesse et le Trail tombé dans l'oubli. Ce sera alors à mon tour de défendre une discipline n'intéressant plus personne en poussant un coup de gueule.
Avec une belle saison de cross l'année passé avec une victoire au Trophée Paul Michaux et une 3ème place au départementaux du Bas-Rhin, quels seront tes objectifs cet hiver et pour 2015 ?

Je suis convaincu que le cross est le complément au trail court par excellence car il permet d'améliorer vitesse de base et puissance musculaire tout en réduisant le volume kilométrique à l'entrainement. En bref, c'est privilégier le qualitatif pendant quelques mois tout en permettant à son corps de se régénérer, ce qui en fait une transition parfaite entre deux saisons éprouvantes.

La mienne reprendra au printemps 2015. Sans hésitation, je vais délaisser le TTA au profit du Trophée des Vosges. S'y préparer sera toutefois moins aisé du fait de la grande hétérogénéité des épreuves. Je profiterai de l'expérience d'Emmanuel pour me donner de précieux conseils. Et tant pis pour la défense du titre, l'envie de découvrir de nouveaux sentiers dans le massif vosgien est plus forte !
Merci Maxime pour cette interview et bonne préparation pour les prochains championnats de cross et la saison 2015 qui se profile à l'horizon !

Interview réalisée par Nicolas Fried.

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