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Interview de Stéphane Brogniart - Ultra Trailer


A l'affiche du documentaire "Un Pas après l'Autre", le vosgien Stéphane Brogniart nous livre une vision de l'Ultra trail, la sienne. Plus qu'une simple discipline sportive, c'est un mode de vie. Pour certain atypique, pour d'autres égal à lui-même, ce coureur haut en couleurs a ainsi trouvé sa voie dans le trail et plus précisement dans l'Ultra. Membre organisateur du Trail des Roches, chez lui dans le massif du Kemberg à St-Dié, récent 14ème à l'UTMB, aussi connu pour être le gardien de la Roche d'Anozel gardien de la Roche d'Anozel, le déodatien a accepté une interview d'un voisin alsacien... histoire d'en savoir un peu plus sur le personnage à l'issue du documentaire.




Bonjour Stéphane. Quatre Ultra-trails cette année, des podiums et une belle 14ème à UTMB, quel est ton bilan de cette année ?

J'ai dans un premier temps réussi à faire tout ça, c'est déjà pas mal en soit.

Il n'y a pas eu de fausses notes comme bien souvent dans mes saisons. J'arrive à un niveau de stabilité dans ma gestion et dans l'enchaînement des courses qui me permettent de dire que je suis satisfait. Je sais aussi que ma démarche, d'aborder les courses, ma préparation très différente sont adapté à moi et qu'il n'est pas nécessaire de faire l'entrainement proposer par Endurance Mag ou d'un champion pour performer. Ma pratique me mène sur des chemins psychologiques, que même à l'UTMB sur la ligne de départ, je suis rentré dans mon univers et j'étais persuadé que je partais comme à l'entrainement "mais pour plus longtemps" ! Je ne vais pas cacher qu'une fois la ligne d'arrivée passé, je me suis dit : "là mon coco tu viens de faire quelques choses qui fera plaisir à un paquet de gens". Cette saison j'ai surtout validé ma méthode de préparation différente. Voilà pour le côté sportif.

Mais il y a eu tout un côté rencontre, partage, de nouveaux décor, etc… Et oui entre, Madagascar, un documentaire, DBDB (nldr : Des Bulles et des Bosses), divers sollicitations, c'est toujours agréable d'élargir son réseau et ses connaissances moi qui vient du fin fond des Vosges.
Après quelques années de pratique du trail et un bon "background" sportif, comment as-tu préparé cette saison dédiée à l'ultra ?

Cette saison était charnière.

Ma pratique depuis 2-3 ans basculait du loisir sportif vers un mode de vie à part entière. Je ne m'entraînais plus, je me réalisais en me baladant. Le tout était d'arriver à évoluer sans efforts, sans heurts, de manière très fluide en me concentrant exclusivement sur ce qui se passe dans mon corps, ma gestuelle, ma respiration et le mètre carré devant moi. Ainsi je me suis rendu compte que cette manière de pratiqué était peu consommatrice d'énergie, c'est pourquoi courir entre 15 et 30 heure par semaine ne me pose aucun problème. Et c'est ainsi que toute ma saison s'est déroulé sauf les semaines des épreuves où je calmais le jeu pour être frais au départ.

J'avais calé après la Transjurassienne (ski nordique), 4 ultras (discipline qui me ressemble car je suis un "pas vite mais tout le temps") : Le Trail du Vulcain en mars, l'Utop à Madagascar en mai, le Lavaredo Ultra Trail fin juin et l'UTMB fin aout. Un tous les deux mois me semble la bonne dose. La préparation globale s'est faite en hiver avec le ski, sinon c'est courir tous les jours avec une séance par semaine de vélo, natation et ski roue.

Quelle est aujourd'hui ta vision et ta pratique du trail et de l'ultra ?

Aujourd'hui ma vision du trail, reste le meilleur passeport pour la liberté, les rencontres d'êtres humains différents, de paysages que seul un effort te permet d'apprécier à sa juste valeur. Le trail est une discipline qui bat son plein et on y trouve autant de forme que de pratiquants. Le fameux "esprit trail" ne veut plus dire grand-chose, le trail c'est cavaler dans les montagnes comme tu le sens : plus vite que les autres, tous ensemble, seul, en off, en défi, en compétition, etc.

L'ultra est pour moi une méditation qui me permet de me réaliser en cherchant en permanence le contrôle de soi.
Actuellement est diffusé sur Montagne TV le documentaire « Un pas après l'autre, une vision de l'Ultra-trail », produit et réalisé par l'association CLAP et financé en partie par les internautes. Peux-tu nous parler de ce projet et du résultat dans lequel tu nous livre ta vision du trail ?

A l'arrivée de l'infernal trail 160 de 2012 Loïc (CLAP et maintenant Alabama Production) est venu me voir pour faire un petit reportage de 5mins qui serait diffusé dans les Vosges. Après la première rencontre et une bouffe dans ma cabane plus tard il me rappelait et me proposait de tourner un documentaire, car il pensait qu'un bonhomme de mon genre pouvait intéresser (la différence attire la curiosité diront nous). Mais voilà une association et leur statut étudiant ne leur permettait pas de faire face aux coûts, donc une souscription ULULE s'est mise en place.

Ils m'ont suivi de partout pour percer le mystère sur l'atypisme du gaillard. Je t'avoue qu'au début j'étais perplexe mais Loïc sous ses airs négligeant a mené le projet avec une maîtrise et un professionnalisme impressionnant pour un gamin. "Quand on veut on peut" lui va à merveille, sans compter que tous les membres de l'équipe autour de lui sont devenus de vrais potes, car te farcir un tonton, un pete, un punerot, etc, faut être accroché !

Le résultat je l'ai découvert comme tout le monde le jour de l'avant-première à St-Dié. Je dois dire qu'ils sont très fidèles à ce que je suis.

Dans l'aventure je ne peux passer sous silence la rencontre avec Mathieu (des bosses et des bulles) qui en plus de faire l'affiche, m'a fait rencontrer un ské (sacré en vosgien) gaillard..

Tu dis une chose qui me semble essentielle dans le documentaire pour éviter les blessures, se faire plaisir dans la discipline et durer : « ne pas se limiter à la course à pied ! » Renforcer les cages articulaires et les muscles périphériques par la pratique d'autres sports, comme la natation, le vélo, ou la randonnée avec un sac de 8 km sur le dos. As-tu d'autres conseils à partager ?

Tout est dit !

A l'usine la personne qui fait tous les jours la même chose se blesse et en plus elle le fait en aillant la tête ailleurs parce que c'est chiant ce qu'elle fait. Si tu t'entraînes en faisant toujours la même chose et le cerveau au vestiaire ou dans tes soucis, ou dans autre chose que ce que tu es en train de faire parce que c'est chiant, ça fini mal…

Donc moi je cours, je cours, je cours, et je fais autre choses, mais surtout je ramène sans cesse mon esprit dans ce que je suis en train de faire.

Tu entraines un groupe de trailers chez toi dans le massif du Kemberg à coté de St-Dié. Est-ce que tes voisins alsaciens sont les bienvenues s'ils viennent en train ou en covoiturage ? Plus sérieusement, comment se passent ces entraînements menés un peu à la « dure » ?

C'est une partie dans le documentaire qui peut surprendre.

Mais voilà pour progresser, pour performer en compétition il faut se fier qu'à soi-même, et si de temps en temps tu veux te faire remettre l'église au centre du village, tu vas avec des gars qui sont meilleur que toi. Ce qui est mon cas, quand je fais du vélo je vais avec des cyclistes costaud et je suis leur victime, une fois, deux fois et la troisième je fais tout pour laisser ma place de victime de la sortie à un autre… Il en est de même quand quelques fois je pars courir avec Benoit Thierry, Léo Bechet, Matthieu Brignon, François Faivre, Julien François etc ils ne font pas de cadeau et si je veux boire la bière à la fin de la sortie avec eux j'ai plutôt intérêt à me remuer. Et c'est pas parce que l'homo sapiens sapiens occidental moderne veut vivre de chouchoutage, loisir et j'en passe, que ceux qui veulent être "meilleur que la veille" n'ont pas le droit de perpétuer la tradition du 'gout de l'effort" et du "meilleur grâce à l'autre".. C'est pourquoi le mercredi, ceux qui veulent de ce nectar, viennent et je tente de les tirer vers le haut plutôt que de niveler vers le bas..

L'entrainement est basé sur un échauffement, du hors-piste improbable, du renforcement musculaire, le tout sans blabla ni pause pendant 1h15. En ce qui concerne les étrangers, tu remarqueras que depuis le début de ton interview je n'ai pas mentionné une seule fois le sujet qui fâche. J'ai même pris sur moi et enterrer la hache de guerre pour accepter cette interview. Blague dans le coin tout le monde est le bienvenu, mais attention Stéphane Brogniart le mercredi soir à 18h00 se transforme et ça ne rigole qu'à moitié.

J'en profite pour glisser un mot sur la création d'un club, qui réunit tous les différents groupes, teams, organisations, etc sur le secteur de St-Dié, et qui vient de voir le jour car ce que je propose le mercredi soir ne convient pas à tous et heureusement car si dans le trail ils n'y avait que des hurluberlus de mon genre, ce ne serait pas jojo..

Il y aura donc différentes formules et groupes de niveau, pour entraînement, sortie en commun, etc. sur St-Dié..

Mais mon créneau 18h00 "Trois Fauteuils" St-Dié reste bien en place et celui qui à fait un entraînement du mercredi soir en entier à droit à "sa bouffe cabane" même si il est de l'autre côté de la frontière.
Tu fais partie de l'organisation du Trail des Roches, qui pour son 10ème anniversaire a rallongé son trail à 73km pour 3400m de dénivelé positif, gardant la version découverte à 19km pour 900m d+. Peux-tu nous présenter ces 2 épreuves ?

Pour 2014 la formule restera la même.

19kms, 970D+ dans le massif de l'Ormont et 73kms, 3400D+ entre Kemberg et l'Ormont. Alors oui nous avons voulu proposer autre chose pour changer et surtout emprunter les différents massifs déodatiens. Le 73kms peux se faire en relai par deux, 32kms pour le premier et 41 pour le second.

L'engouement du trail, voir de l'ultra-trail, est de plus en plus important et la discipline se démocratise. Comment, en tant qu'organisateur, arriver à garder les fondements et l'esprit initial de ce sport, qui au-delà de la performance intègre la convivialité, la découverte d'un lieu, d'un massif et d'un patrimoine, auxquels tu sembles très attaché ?

Le seul gage de réussite d'une épreuve pour les membres de l'organisation du TDR (Trail des Roches) est : un parcours difficile, un balisage impeccable, un bon repas tous ensemble, une découverte de sentier que même les déodatiens n'emprunte pas, point de vue aux passages de roches.
Ambassadeur de The North Face, quels vont être tes objectifs et tes projets pour 2014 et la suite ?

Pour 2014, ce n'est pas encore totalement calé mais, Transju ski nordique, Transgrancanaria, Ultra Trail du Mont-Fuji et l'UTMB.

Coté Alabama ils vont faire un 26mins tous les deux mois sur mes deux mois écoulés, mes rencontres, les courses, l'immersion dans de nouveaux univers.

L'objectif de la saison est clair, foutre une ramasse à FFTL (François Faivre Team Lafuma) et Anton Krupicka sur l'UTMB... Je n'y retourne que pour ça !

Je pense que même si ce sont des Alsaciens (ndlr : pas que j'espère) qui lisent cette interview je pense qu'ils auront remarqué que la ligne du dessus était de l'humour.

Alors bien sûr que l'UTMB reste la course phare de la saison et je tenterais d'être au top fin Août pour faire plaisir à tous mes potes. Mais la phrase qui dit "L'ultra c'est plus fort que toi" est toujours d'actualité quand je prends le départ d'une course et qu'il n'y a pas de malin dans ce sport.

Merci de l'attention que tu me portes, continu le plus longtemps possible le travail remarquable que vous faites sur l'Alsace en courant.

Merci à toi Stéphane ! Poursuis également ta passion et ton mode de vie. Rendez-vous donc mercredi soir au lieu-dit "Trois Fauteuils"...

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Son blog The North Face
Son interview No Limit sur Des Bulles et des Bosses

Interview réalisée par Nicolas Fried.

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